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4067 - [BR]L'ensemble mégalithique de Saint-Just
br - Istor Tudoniezh  - Saint-JustYannick LECERF
Archéologue, ancien chercheur au CNRS et conservateur du patrimoine.

7539 - [BR] Cairn du Château-Bû - Photo musardise.com, 14 février 2011
[BR]Cette petite commune située dans le sud de l’Ille-et-Vilaine offre aux visiteurs la possibilité de découvrir un vaste complexe mégalithique constitué de monuments à l’architecture diverse.
11295 - [BR] Un site tôt repéré
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[BR] Dès 1846, prenant conscience de l’importance de ces structures lithiques, l’abbé Brune les insérait dans ses cours du Grand Séminaire de Rennes. Quatre ans plus tard (1850), Bachelot de la Pylaie comparait les pierres dressées aux alignements de la presqu’île de Crozon (29). Par la suite de nombreux érudits tentaient des interprétations jugées aujourd’hui surprenantes.
Les nombreuses prospections menées sur ce secteur mettaient en évidence l’étendue et la complexité d’un ensemble mégalithique aménagé sur les points culminants.

7536 - [BR] Enceinte, tombelles jumelées de la Croix-Saint-Pierre, le Château-Bu, et les Roches Piquées, Landes de Cojoux, Saint-Just - Planche XXIV - Inventaire des monuments mégalithiques du département d'Ille-et-Vilaine, par Paul Bézier, 1883
11301 - [BR] Une histoire qui commence avec le romantisme
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[BR] C’est véritablement à l’aube des années 1970 que la « harpe celtique » s’est popularisée en Bretagne. On entend par là un instrument inspiré de ceux de l’Irlande et de l’Écosse d’autrefois, dont nous sont restés quelques rares exemplaires. Longtemps elle fut connue comme « harpe irlandaise » ou « petite harpe » (avec ses quelque trente cordes) en comparaison avec la « grande harpe classique » (avec ses quarante-sept cordes et son système de pédales).
Le phénomène s’est préparé pendant près de deux siècles. Il remonte au romantisme, et peut-être même à l’Ossian de l’Écossais James MacPherson, paru au XVIIIe siècle, que son auteur disait être l’œuvre d’un très ancien barde écossais. L’un des événements déterminants dans cette histoire fut certainement la lettre reçue par Hersart de La Villemarqué de la part du pasteur gallois Thomas Price lui demandant, comme allant de soi : « Qu’en est-il aujourd’hui de la harpe en Bretagne ? » À la suite d’un voyage au pays de Galles, au cours duquel l’auteur du Barzaz-Breiz prit contact avec des harpistes, un harpiste gallois, accompagné de sa fille, fut invité à l’occasion du congrès celtique de 1867. Encore ceux-ci jouaient-ils de la harpe galloise, qui n’a déjà plus grand-chose à voir avec ce qu’on entend aujourd’hui par harpe celtique.
11296 - [BR] L’incendie de 1976 : un déclencheur
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[BR] C’est seulement à partir de 1953 que les premières études scientifiques seront entreprises. Dégageant le long tertre de la Croix-Saint-Pierre, Pierre-Roland Giot mettait en évidence une structure datée de 2 500 ans avant J.-C.
Après une succession d’incendies sur la lande, les alignements du Moulin furent explorés et restaurés à partir de 1976 sous la direction de Charles-Tanguy Le Roux. Puis un second programme de recherche amenait Jacques Briard à entreprendre plusieurs chantiers. Simultanément débutaient les fouilles de Château-Bû, des tertres de la Croix-Saint-Pierre et de l’allée couverte de Tréal.
11302 - [BR] Les pionniers de la harpe en Bretagne
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[BR] Le premier Breton à s’être mis à une harpe celtique est Paul Diverrès. Originaire de Lorient, il avait étudié la médecine à Paris, où il avait pris des cours auprès d’une harpiste classique. Membre et harpiste officiel du gorsedd, assemblée des « druides » de Bretagne, il épousa une harpiste galloise, et finit ses jours outre-Manche. Des photos du début du XXe siècle le montrent jouant d’une harpe Egan de fabrication irlandaise lors de manifestations néodruidiques. Il ne fit pas école, et Mme de Boisboissel, adepte, elle, de la harpe classique, lui succéda à ce poste.
Dans les années 1930, ce même gorsedd invita la harpiste écossaise Eloise Russell Fergusson à se produire en Bretagne. Gildas Jaffrenou en profita pour relever les cotes de l’instrument, et fabriqua la première harpe « celtique » de Bretagne, qui s’avéra non jouable.
11297 - [BR] Des alignements
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[BR] Les alignements du Moulin comptent trois files de menhirs. Deux sont orientées selon un axe est/ouest alors que la plus à l’ouest se place perpendiculairement aux deux autres.
La file du nord compte quinze blocs de quartz blanc. Elle s’étale sur une longueur de 115 m. Plusieurs de ces blocs semblent avoir été malmenés dès l’âge du bronze. Deux d’entre eux servent en effet de paroi à des petites tombes en coffre.
La file sud est plantée dans une sorte de chaussée constituée de pierres et de terre. Longue de 65 m, elle compte une douzaine de monolithes en schiste et un bloc de quartz.
Les deux grands foyers découverts dans la masse de la chaussée ont donné des dates anciennes de 4 730 à 4 380 ans avant J.-C. En plaçant cet ensemble au milieu du Ve millénaire avant notre ère, on apprend que le site était fréquenté dès les premiers temps du Néolithique. Dans la partie est de cette ligne, les restes de plusieurs calages de poteaux de bois laissent supposer la présence d’un édicule protégeant peut-être une sorte de sanctuaire.
Une grande poterie à quatre anses était enfouie vers la partie est de la chaussée. Il pourrait s’agir d’une inhumation cinéraire arrivée là au Néolithique final. En effet la datation au carbone 14 place cette urne dans une séquence chronologique comprise entre 2780 et 2180 avant J.-C.
L’intervention sur la ligne ouest orientée nord/sud s’est limitée à en faire un relevé de plan.

7537 - [BR] Alignement du Moulin - photo CPIE Val de Vilaine - Aurore Leroux
11303 - [BR] L’invention de la « harpe celtique »
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[BR] C’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que tout se concrétisa, grâce à Georges Cochevelou, Gourinois de Paris. Durant l’Occupation, il était entré en contact avec le professeur de harpe du conservatoire de Clermont-Ferrand, M. Hamonic, propriétaire d’une harpe irlandaise qui pour lui ne fut jamais qu’un instrument de voyage. Dans l’immédiat après-guerre, G. Cochevelou prit contact avec Gildas Jaffrenou qui, depuis la Grande-Bretagne, lui communiqua des plans d’instruments. Il fabriqua alors sa première harpe pour laquelle son fils Alain se prit de passion. Après avoir pris des cours auprès de Denise Mégevand et s’être fait connaître dans les milieux bretons, puis dans le monde du folk des années 1970, celui-ci se lança dans le show-business sous le pseudonyme d’Alan Stivell, popularisant l’instrument au niveau international.
Au début des années 1950 s’était également monté au sein de la communauté scoute bretonne de Paris un ensemble féminin de harpes, la Telenn Bleimor (la « harpe Bleimor »). La plupart de ses membres se sont fait un nom, qui dans la musique bretonne, qui dans la musique ancienne, voire dans l’enseignement : Mariannig Larc’hantec, Rozenn Guilcher, Kristen Noguès, Françoise Johannel en sont issues. On peut considérer que c’est grâce à ce double mouvement, parisien d’origine, que la harpe celtique a véritablement pris son essor.
11298 - [BR] Des cairns
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[BR] Le tertre de Château-Bû, étudié à partir des années 1990, livre un dolmen à cabinets latéraux desservis par un couloir. Les sols sont dallés de plaques de schiste et l’ensemble se trouve inclus dans un cairn de pierre aux façades montées en parement. L’entrée de l’espace funéraire située dans la paroi est se reconnaît par la présence de son système de fermeture constitué de plusieurs dalles plantées. Deux sépultures adventices datées de l’âge du bronze sont venues s’incruster dans la masse du cairn. Elles se trouvent soulignées par la présence de gros monolithes de quartz blanchâtre.
La fouille archéologique du long tertre de la Croix-Saint-Pierre relève la présence de petits coffres irréguliers interprétés pour certains comme des possibles tombelles. Des calages de poteaux de bois ont été également reconnus dans la masse du cairn. L’ensemble, de forme quadrangulaire, apparaît ceinturé par un péristyle de petites dalles. Celles placées au nord sont en grande majorité en schiste bleu alors que celles du sud ont été choisies parmi des quartz blancs. La datation C 14 (2 500 ans avant J.-C.) obtenue lors de cette intervention place ce monument dans la séquence du Néolithique final.
Les petites buttes visitées dans le secteur de la Croix-Saint-Pierre se sont révélées être des dolmens à couloir inclus dans leur tertre tumulaire. Ces trois sépultures, proches dans leur conception, montrent pour l’une (dolmen sud) un couloir dallé excentré par rapport à la chambre. L’autre (dolmen nord), très entamée, laisse deviner son plan par la présence de quelques piliers plantés et des restes d’un dallage dans l’espace funéraire. La troisième (dolmen ouest), en partie protégée par son cairn résiduel de pierre parementée, est constituée d’une chambre dallée quadrangulaire ouverte sur un couloir où le dallage est absent. Le cairn subcirculaire est formé par deux masses concentriques soulignées par leur parement respectif.
Le mobilier archéologique exhumé de ces sépultures permet de les situer dans une séquence du Néolithique ancien (vers 5 000 ans avant J.-C.).
11304 - [BR] Le « phénomène Stivell » et la popularisation de l’instrument
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[BR] À partir des années 1970, on a pu constater un intérêt de plus en plus prononcé pour l’instrument. En Bretagne, d’abord : dans les milieux folkloriques, dans les écoles, puis dans les conservatoires, puisque la harpe celtique finit par y faire son entrée comme instrument d’étude puis comme un instrument à part entière, auquel des compositeurs de formation classique comme Pierre-Yves Moign ou Pierrick Houdy ont destiné des œuvres. Bon an, mal an, quelques centaines d’élèves se lancent chaque année dans son apprentissage.
Depuis les années 1980, elle a aussi son propre festival, qui se tient chaque mois de juillet : les Rencontres internationales de harpe de Dinan.
Longtemps la fabrication des harpes celtiques fut en Bretagne l’apanage de rares artisans spécialisés. Outre Georges Cochevelou, dont la production resta confidentielle, les plus importants furent Gildas Jaffrenou, Claude Le Roux et Marin Lhopiteau. La demande allait toutefois provoquer l’intérêt, voire la création d’une grande manufacture. Si l’une des plus importantes fabriques de harpes a en effet vu le jour à Mouzeil, en Loire-Atlantique, c’est bien grâce à la harpe celtique. Dans les années 1970, les frères Joël et Gérard Garnier fondèrent la firme Camac, qui commença par proposer des instruments traditionnels de diverses provenances, notamment des harpes celtiques importées du Japon. La firme se spécialisa par la suite dans la harpe, et, passant de la harpe celtique à la harpe classique, devint le deuxième producteur mondial de ces instruments.
Singulier destin que celui de cet instrument longtemps rêvé, imaginé, avant de prendre forme en Bretagne et de se tailler une place originale dans le paysage musical contemporain.
11299 - [BR] Une allée couverte
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[BR] La sépulture de Tréal se présente comme une grande allée couverte à entrée latérale. Construite sur le sommet d’une butte naturelle, elle voisine un imposant affleurement de schiste. Elle se présente comme un long couloir d’une quinzaine de mètres de long orienté selon un axe nord-ouest/sud-est. Les puissants piliers et les restes de sa couverture ont été récupérés dans un poudingue de Montfort. Cette roche grossière n’a pas favorisé la préservation de la construction. L’ensemble était à l’origine enchâssé dans un cairn constitué de pierre et de terre dont les limites sont encore perceptibles au sol. Le matériel archéologique sorti lors des travaux sur cette sépulture reste très limité. Il permet cependant de placer ce monument dans la phase finale du Néolithique.
11300 - [BR] Un sanctuaire
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[BR] Les hommes du Néolithique, sédentarisés par l’élevage et l’agriculture, organisaient leur territoire. En déterminant des attributions spécifiques en fonction de divers critères topographiques et environnementaux, ils distinguaient des lieux de vie, des espaces funéraires ou des emplacements de pierres levées. Avec une telle concentration de monuments, on peut émettre l’hypothèse que ce secteur avait, pour les cultures néolithiques, un intérêt très particulier sans doute lié à des formes de spiritualité difficiles à cerner aujourd’hui.
Quoi qu’il en soit, l’ensemble mégalithique de Saint-Just apparaît comme un des éléments majeurs du paysage culturel de la Bretagne.

7538 - [BR] Le mégalithisme à Saint-Just - BCD / Mikaël Bodloré-Penlaëz
BIBLIOGRAPHIE
[BR]
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